Nous ne surprendrons personne en déclarant que le mal-logement touche exclusivement la population pauvre. Les quelques informations sur les revenus d'une partie des mal-logés aux pages précédentes suffisent à l'exprimer adéquatement. Les parents de ces familles sont généralement peu qualifiés, ont des emplois précaires, peu de revenus pour beaucoup d'heures de travail, réussissant approximativement à joindre les bouts avec les allocations versées par la CAF ou l'ASE.
Si la situation économique des familles victimes du mal-logement est déplorable, nous nous demandons dans quelle mesure il est autorisé à leurs enfants de connaître une situation plus intéressante que leurs parents à l'âge adulte. Si l'on considère les études comme facteur d'ascension sociale, nous pouvons nous tenir pour certain que la promotion sociale par la voie des diplômes est exclue pour la population pauvre. L'INSEE propose quelques données chiffrées sur la réussite scolaire des enfants de mal-logés : c'est plus du tiers des enfants qui ne disposent pas d'une pièce pour faire leurs devoirs à l'âge de 11 ans qui sortent sans diplôme du système éducatif.
Nous remarquons ainsi qu'à l'existence éprouvante des mal-logés s'ajoute la certitude de l'éternité de cette condition pour les générations suivantes. Du fait de l'arrêt rapide des études, les enfants vont rejoindre également des emplois demandant peu de qualification aux salaires dérisoires, aux contrats précaires avec les mêmes difficultés économiques que leurs parents et donc, aussi, de logement. Ce qui signifie que le mal-logement permet de s'assurer de la reconduite systématique de la classe pauvre sur un nombre de générations infinies .
Pour parfaire à cette injuste état de fait, offrir un logement décent à tous serait très certainement insuffisant, bien d'autres facteurs entrant en compte dans la pérennité de la classe pauvre. C'est sûrement dans un changement profond de la structure économique et politique que nous pourrions trouver un peu de lumière. Toutefois, nous doutons que nos forces nous permettent de faire aboutir un tel projet social où la misère serait inexistante. Nous avons pour l'instant choisi de souffler, en nous organisant, d'abord, pour que de meilleures conditions de logement nous soient faites. Mais ces considérations " de classe " demeurent utiles lorsque l'on prend la peine de les confronter aux discours gouvernementaux ou municipaux sur le logement social.
Il est dit, dans l'annuaire des organismes du logement social et des collecteurs, document écrit par la préfecture de Paris " les évolutions économiques et sociales, liées à la montée du chômage et de la précarité fait que les organismes HLM ne peuvent accueillir des demandeurs de logements peu solvables "
Il est donc inscrit sur le projet préfectoral relatif aux HLM que les Habitations à loyer modérés ne sont pas destinées aux pauvres. Le logement social, bien plus qu'une aide en faveur des ménages démunis, constitue et ce ouvertement, un privilège des classes moyennes. Que finalement, ce à quoi aboutit cette mauvaise répartition des logements bon marché c'est l'obligation pour les plus pauvres d'entre-nous à louer les demeures les plus expansives et les plus sordides.
A côté de la crise du logement que connaît la populations pauvre, du fait des loyers démesurés que proposent les propriétaires privés, l'Etat propose des logements à prix imbattables à la classe moyenne (sans parler des logements de fonction des ministres et autre vermine, de droite comme de gauche, dans la politique comme dans la culture). Le problème n'est donc pas celui de la pénurie de logement mais de la répartition des HLM.
Ajoutons à cela que l'Etat investit une somme d'argent considérable dans les habitations sordides que louent les marchands de sommeil. Qu'il n'est pas rare que des familles aux revenus très bas reçoivent plus de 1000 euros d'allocations pour parvenir à payer de minuscules réduits en hôtel aux loyers exorbitants, pendant des années, toujours confrontées au même refus des mairies et préfectures à offrir un contrat de location HLM. Si l'équivalent des aides à la location étaient investies dans la construction de logements sociaux, il est certain que l'Etat ferait des économies. Mais à vrai dire, nous pensons qu'il serait presque superflu d'en construire d'autres si les logements sociaux étaient strictement destinés à la population pauvre, comme la logique même l'induirait…